Quatre petites morts

Bio Fiction multimédia
2016-2018

Cela aurait peu être une bio. Cela ne l'est pas. Cela aurait pu être pure fiction. Cela ne l'est pas non plus. Entre faits réels, réinterprétations et fiction, Quatre Petites Mort est un récit poétique sur le parcours initiatique d'une jeune homme idéaliste entre 15 et 25 ans.

Indissociable de sa bande son.

Extraits

SAINT PAUL

Je déteste ce corps trop mince échoué sur les ans, ces muscles trop fins tombés en disgrâce, ce visage  trop exsangue qui n’a plus pour expression que celle de la tiédeur, ces cheveux trop grisés qui fuient en arrière comme le voudrait faire mon âge. J’avais peur de vieillir et j’avais bien raison. A l’heure de la décrépitude, j’ai perdu la passion. Celle d’un jeune homme de vingt ans qui courait dans la vie, insouciant de la marque des échecs et des faux-pas, d’autant plus cinglants qu’ils étaient volontaires. J’ai trop fréquenté le bar des velléités, trop rêvé. Et de tous ces destins que j’imaginais grandioses il ne reste plus rien. Sinon la vie linéaire et commune qui mène aux asiles de tout un chacun, aux problèmes de mémoire et d’intestins.

Plus de quarante années qui sombrent chaque soir dans un canapé king-size sont tout ce qu’il reste dans un salon cossu, où les rideaux toujours grands ouverts n’ont plus rien à cacher d’une intimité qui n’existe plus. J’ai passé la vie à rêver ma vie, et c’est une vie déçue. L’ironie de cette histoire m’a conduit à vivre dans le quartier Saint Paul, portant le nom d’un scénario ambitieux, prometteur d’un grand film, probable chef d’œuvre, que le maître Pasolini n’eût jamais les moyens de réaliser. De la rue tortueuse, où les pavés résistent encore, jusqu’ aux portes de l’immeuble de mon bureau, où la façade ravalée fait toujours illusion, à peine quatre minutes suffisent à faire le parcours de mon quotidien bordelais, entre ennui personnel et réputation professionnelle.      Parce que j’ai longtemps cherché, déterminé et volontaire, parfois à tort et à travers, à retrouver et reproduire sans cesse ce moment totalement fugace qui nous fait passer en une fraction de seconde de l’extase à l’anesthésie, sans doute ai-je mérité de rester coincé définitivement dans cette petite mort.

"Alexandre surgit à l’automne 1989 dans cette dimension encore imprécise. J’étais baudelairien, il était wharolien. A presque quarante ans, il était resté coincé entre Nico et le Velvet, ce qui donnait au personnage une allure anachronique dans un monde médusé par Madonna."

"J’en ressentais une impression pour le moment illisible d’être à la merci d’un duel entre l’éphémère et l’éternité."

"Je n’ai jamais depuis quitté cette impression qui fait de mon existence une hésitation permanente et un immense désarroi ponctué d’extases fugaces. "

"Chaque rencontre, chaque écrit me permettait de poser toute cette histoire qui depuis mes quinze ans battait mes tempes toujours plus violemment. J’apprenais à maîtriser le langage de sensations et d’émotions qui étaient ma seule façon de vivre. Mon geste. Ma manière."

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©Août 2020 par Jules C.